Bonjour AllianceMagicienne & AllianceMagicien,

Comme nous vous l’indiquons ponctuellement : nous sommes une société très engagée sur la question de l’environnement et de son respect. Nous avons plusieurs fois abordé la question de l’engagement de notre communauté spirituelle sur les questions de l’avenir pour nos enfants.
Nos livres sont imprimés en papier recyclé (sauf exception), en France pour limiter les impacts transports, et l’encre est végétale. Ce n’est pas parfait, et nous nous efforçons de toujours faire mieux.

 

Mais par delà ces questions éditoriales, j’aimerais soulever une question beaucoup plus complexe : celle de notre pratique magique, en accord avec la Nature, et l’usage des correspondances selon les saisons.

Exemple : à Beltane, le 1er mai, en Europe, l’une des fleurs traditionnelles associée à cette fête, c’est celle de l’aubépine.
Fleur du coeur et des relations émotionnelles, elle a une puissance douce importante pour tous les rituels qui touchent aux relations sentimentales, entre autres à la guérison des blessures du cœur.
Problème : le dérèglement climatique a entraîné sa floraison en mars (2017) ici en Normandie. Et en début avril en 2016.
Une plante qui fleurissait traditionnellement à la bonne période, sans souci, au fil des années, s’est retrouvée indisponible à Beltane.

Autre exemple : l’oliban. Cet arbre est en train de subir le réchauffement climatique qui affecte le Nord de l’Afrique, et sa zone d’implantation recule, sous l’effet de la sécheresse[1]. On s’attend même à la possibilité de sa disparition avant la fin du siècle.
Quid des bases d’encens avec l’oliban qui est l’un des outils les plus communs ?
Comment le remplacer ? Se remplace-t-il seulement ?

Et par delà la question des dates de disponibilité des plantes, ou encore de leur substitution, c’est toute la base du système magique qui peut être mis en cause.

Comment cela ?
Prenons la célébration des sabbats et esbats selon la tradition et néotradition celte et wiccane : solstice, équinoxe, fêtes intermédiaires, lunaisons…
Chaque évènement a une portée qui ne se limite pas qu’à la magie. Elle revêt aussi une fonction sociale et politique (au sens de vie de la cité). Et ces fêtes avaient une fonction de rythme de la vie commune durant des siècles et des millénaires, par delà leur sens magique.
Prenons Lammas/lugnasad : nous célébrons à cette période du 1er août/début août, les récoltes de céréales de l’été. Apogée et fin du cycle solaire des fêtes de l’année (beltane-litha-lugnasad), elle est une fête de remerciement aux dieux pour les réserves engrangées.

Il est aujourd’hui de plus en plus courant que les dates de moissons se décalent, du fait du réchauffement, ou à cause d’étés perturbés par des climats inhabituels[2]. Quid de la correspondance entre ce que l’on souhaite célébrer, la date et la fête ? Cela devient de plus en plus difficile.

Faut-il garder la date pour conserver la notion d’égrégore associé, avec le multimillénarisme derrière, ou envisager de s’adapter pour correspondre idéalement à la période des récoltes, sans respecter le moment de nos ancêtres ?
Ce sera à chacun de faire le choix qu’il pense idéal.

Mais comme vous pouvez le comprendre, ce qui a été une base solide durant des centaines d’années, par delà l’évolution naturelle des espèces, et avec le très rapide changement d’ère biologique que nous vivons, c’est toute notre pratique qui est à réfléchir : depuis les outils à son organisation.

Le dérèglement climatique impacte directement notre relation à la Terre et à la Nature, et demande clairement à ce que nous remettions en cause notre façon de penser. Tant que nous le pouvons encore.

Magiquement vôtre, Isabelle Tixier

[1] (en) Peter Groenendijk, Abeje Eshete, Sterck, Pieter A. Zuidema et Frans Bongers, « Limitations to sustainable frankincense production: blocked regeneration, high adult mortality and declining populations », Journal of Applied Ecology,‎  lien
[2] France Bleu, DOSSIER : Salon de l’Agriculture 2017, Dérèglement climatique : comment s’adaptent les agriculteurs ?

Par Nathalie Doménégo, lien