Salut lecteur !

Tu as travaillé toute l’année, depuis le mois de septembre dernier. Tu as sué sang et eau. Tu as bataillé, réfléchi, agi, et là, c’est l’été. Avec l’été, la promesse des vacances ! Le moment idéal pour se la couler douce et profiter des fruits de ton dur labeur…

Ça tombe bien, c’est aussi la période de Lammas (ou Lughnaassad), célébration agraire pendant laquelle on commence enfin à moissonner ce qui a été planté. On parle évidement de céréales diverses dans les civilisations antiques, ces céréales qui étaient au cœur de l’alimentation donc au cœur de la survie. C’est ainsi que Lammas s’est vite trouvée être une fête du pain, impliquant l’intégralité de la communauté : il s’agissait que tout soit fauché dans les temps et mis à l’abri, afin de garantir la subsistance tout l’hiver.

C’était donc un moment de festivités partagées par l’ensemble du groupe. Aujourd’hui, ça se traduit très différemment : le blé est celui que l’on trouve dans le portefeuille et la « récolte » consiste en premier lieu à profiter d’un repos bien mérité après les services rendus à la communauté en mettant les doigts de pieds en éventail sur une serviette de plage. Une autre ambiance, mais une thématique similaire : dans une société qui a perdu le contact avec les cycles agricoles, on célèbre l’abondance différemment.

Pourtant, une symbolique plus profonde gagnerait à être recontactée : faucher les blés, c’est aussi accepter cette mort qui nourrit la vie. Lammas est une célébration fondamentalement associée au principe de mort et de sacrifice. Lughnasad évoque la célébration instituée, mythologiquement, par le dieu Lugh en l’honneur de sa mère qui s’est épuisée à la tâche qui lui était imposée, à savoir défricher un champ, le cultiver et en récolter les fruits. Elle en est morte. Les célébrations de ce qui me paraît être déjà l’automne (puisque le plus fort de l’été est à mon sens constitué par le solstice) concernent une abondance profitable mais néanmoins issue d’un sacrifice pour le bien commun. Elles concernent donc autant la célébration de la mort que la célébration de la vie. Le fait est que la lumière elle-même commence à aller décroissant depuis le solstice.

On peut associer à cette célébration la lune gibbeuse descendante, encore bien ronde et pleine mais déjà marquée par le sceau de l’ombre, ou encore le début de soirée, autour de 18h, où l’on peut se reposer après une journée de travail et où le moment du coucher (de la mort symbolique quotidienne) commence à approcher. C’est déjà l’automne, et c’est le moment de se souvenir que d’autres sont morts avant nous qui nous permettent de vivre et nous nourrissent de leur expérience, de leur sagesse et du travail qu’ils ont eux-même accompli.

Pour retrouver tout ceci dans une modernité coupée des mystères agricoles, le meilleur moyen est encore d’aller boire un apéro en terrasse après le boulot et de savourer ton verre avec tes amis en prenant pleinement conscience de tout ce qui te permet d’être là, depuis les employés du café jusqu’au type qui a coupé les céréales qui ont servi à fabriquer ta bière. Pour parachever le tout, tu peux lever ton verre à leur santé, et à la tienne puisque tu as travaillé dur pour pouvoir te l’offrir, cette bière.

Plus que n’importe quelle célébration, Lammas est la célébration de la gratitude. E la gratitude, c’est la conscience de ce qui a été sacrifié pour que tu puisses en profiter.

Merci d’avoir pris un peu de ton temps pour lire cet article jusqu’au bout, et je t’invite à le partager généreusement tout autour de toi pour en faire profiter tes amis si tu trouves que ça vaut le coût !

Image : Pixabay