En ce moment et encore pour une petite dizaine de jours se tient à Toulouse une exposition déclarée d’intérêt national sur les rituels grecs comme expérience sensible. Une expo que je suis pour ma part aller voir deux fois et que je ne cesse de recommander chaleureusement depuis. C’est l’occasion pour moi de revenir à travers quelques articles sur un ou deux thèmes qui m’inspirent tout particulièrement, abordés de façon transversale lors de cette exposition.

Plus que quelques jours pour t'y rendre et explorer les merveilles de cette expo !

Plus que quelques jours pour t’y rendre et explorer les merveilles de cette expo !

Aujourd’hui je te parle de parfums et d’odeurs sacrées.

On parle beaucoup de l’usage des encens en magie, pour leurs vertus magiques, ésotériques, et on a bien raison. On oublie toutefois souvent que faire brûler des résines ou des plantes, c’est aussi en premier lieu une connexion à l’univers des senteurs. Un univers particulièrement cher aux yeux des grecs de l’antiquité, ou plutôt à leurs narines, et dont les vertus magiques sont étroitement associées à ses vertus directes sur le corps et l’esprit.

Euôdia : l’odeur sacrée des dieux

C’est qu’au delà de leur portée purement énergétique ou vibratoire, dont il ne sera pas question ici, les plantes sont réputées, à l’époque, pour leurs vertus de connecteur direct entre l’humain et le divin. Les odeurs et les essences ont un impact sur le corps et l’âme. Elles ont un impact également dans le monde invisible car elles ont le pouvoir de voyager jusqu’au plan divin. Avec une bonne odeur, on peut invoquer directement un dieu. L’odeur est une offrande, mais c’est aussi une manière d’appeler (surtout si l’on choisit la bonne plante, celle qui est en corrélation avec l’entité concernée, le laurier pour Apollon par exemple), de nourrir, bref, de faire venir et de satisfaire la divinité. Les dieux eux-mêmes sont réputés pour leur odeur spécifique et agréable : si « ça sent bon », c’est que le divin n’est pas loin. En élargissant aux autres expériences sensorielles, si le paysage est beau, si l’harmonie auditive est présente, le divin n’est pas loin. Le divin, chez les Grecs, passe par une plénitude des sens à laquelle l’odeur ne se soustrait pas. A tel point qu’ils ont pour cela créé le mot spécifique euôdia, littéralement l’odeur divine qui ne sera pas sans rappeler l’odeur de sainteté chrétienne quelques siècles plus tard… ainsi, tout est fait dans le rite pour favoriser l’exaltation de ce sens (parmi les autres) que nous avons, dans notre XXIe siècle bombardé d’image, très largement oublié. C’est pourtant le premier qui se développe chez le petit d’homme, qui trouve sa nourriture (le sein de la mère) en premier lieu à l’odeur… C’est pourtant aussi celui qui nous ramène aux souvenirs les plus enfouis et les plus anciens, celui qui active les zones les plus animales de notre cerveau si bien développé. Euôdia, l’odeur des dieux, associé au sens primitif de l’humanité, à son inconscient, à son instinct… de là à proposer que le divin se trouve dans nos abysses intuitives les plus enfouies, il n’y a qu’un pas…

Très bien tout cela, mais comment les grecs se servaient-ils de leurs odeurs ? Pour quelles raisons ? Je te l’ai déjà indiqué : pour se rapprocher du divin. De façon très pragmatique, ça implique :

– développer un contexte spatio-temporel favorable à la connexion au divin

– s’apprêter soi-même en tant qu’humain pour se rapprocher le plus possible du divin.

Et pour cela, les sources nous indiquent que les Grecs de l’antiquité utilisaient principalement deux outils : les encens et les huiles.

Les encens :

Tu sais parfaitement ce qu’est un encens. Tu en entends parler depuis tes premiers pas dans l’univers éso-païen. Un rituel de base = oliban, bougie blanche, dimanche. L’oliban, c’est une résine que l’on brule sur un charbon ardent, bref, c’est un encens. Encens vient du mot incendere, qui signifie « bruler ». Étymologiquement, tout ce que tu brûles pour en faire de la fumée, c’est de l’encens. Résines, plantes, gommes même minéraux parfois. Pour ce qui est de l’oliban, il était fort apprécié chez les grecs mais ça restait une denrée de luxe : ils utilisaient surtout des substances qui poussaient par chez eux. Normal quoi.

Objectif : purification et protection d’espace, camouflage des mauvaises odeurs (et oui, le sacrifice sanglant, ça impressionne, ça fait de la viande et dans cette civilisation, une fois n’est pas coutume, mais ça sent l’acre et la rouille… rappelle toi : les dieux, ils n’aiment pas trop ça les odeurs nauséabondes), attraction du divin bien sûr. Et puis envoi de message non pas « dans l’éther » mais « aux oreilles des dieux ». Énergétiquement, on parle du « niveau subtil ». Psychologiquement, on parle de ton inconscient. Les deux ont leur importance. Et du coup, ça montre comme c’est important à la fois que l’odeur plaise aux dieux, mais qu’elle te plaise aussi à toi. Si entre deux essences qui ont des propriétés similaires il y en a une « théoriquement un peu mieux sur le plan énergétique mais que tu ne peux pas sentir », abstiens toi, prends l’autre. Vraiment…

Bref, l’encens permet de réjouir et d’apaiser, voire de nourrir les dieux. Sa dimension liminale entre le palpable et l’impalpable en fait un outil privilégié de communication avec le divin. Par ailleurs, si l’expo évoque surtout quatre grands moments de la vie religieuse, les grecs se servaient d’encens au quotidien. L’encens est parfait pour déterminer l’espace temps du rituel, y compris les rites domestiques.

Les huiles (et onguents) :

L’autre manière principale de véhiculer une bonne odeur, c’est l’onction. On pouvait oindre aussi bien les autels et les statues que les êtres humains. L’onction permet tout simplement d’apposer une odeur particulièrement agréable à un objet ou un être, et de le rendre « un peu plus divin ». Sur une statue ou un autel, ça permet d’attirer le dieu tu as compris, mais aussi c’est une forme d’entretien : huiles et encaustiques protègent le bois, tout simplement. Sur un être humain, il s’agit plutôt de le mettre en condition pour qu’il se sente lui-même « un peu comme un dieu ». Non pas par orgueil, mais pour faire l’expérience du sacré.

Ici, quelques éléments odorants que l'on retrouvait pendant le temps des funérailles

Ici, quelques éléments odorants que l’on retrouvait pendant le temps des funérailles

On s’oignait à tout moment de la vie : le mariage consistait à rendre les époux aussi divins que les dieux, afin d’une certaine manière de réactualiser les hierogamos et de favoriser une union fertile. La jeune femme surtout (elle avait entre 12 et 16 ans pour rappel) vivait alors une expérience particulièrement traumatisante : sortie de l’enfance, modification de statut social, modification physiologique (dépucelage, ni plus ni moins, et à 12 ans, potentiellement avant d’être réellement nubile), bref, la préparation physique était nécessaire à bien des égards. Mais elle était aussi une offrande : elle se devait d’exalter sa beauté naturelle en usant d’artifices puisqu’elle entrait alors dans le nouveau rôle de femme séductrice dont l’objectif était de fournir de petits citoyens à son époux et à la cité. Le parfum, appliqué en huiles et baumes, vise à rendre aussi belle et aussi désirable que les dieux. La dimension fondamentalement érotique de l’odeur se retrouve dans le rituel du banquet puisque les hommes qui y participaient s’oignaient également le corps pour développer un érotisme sensuel qui se devait toutefois de rester subtil et maitrisé.

Le parfum exalte la beauté et l’érotisme. Il exalte également le bien être du corps et rappelle que les dieux sont éternellement jeunes et en bonne santé, qu’ils ne connaissent pas les lumbagos ou les membres douloureux. Les huiles parfumées apportent bien être physique et mental par leurs actions apaisantes, une touche de luxe (les odeurs de rose sont particulièrement prisées) et évidement, la réjuvénation. Le mort était lui aussi oint lors de sa préparation : le corps ainsi nourrit et badigeonné de certaines essences était préservé de la putréfaction au moins jusqu’à son incinération, mais aussi une fois de plus débarrassé de cette mauvaise odeur cadavérique qui ne sied toujours pas aux dieux. Par ailleurs, le corps huilé retrouve souplesse, éclat, luminosité (au moins temporairement) : il ressemble un peu plus aux dieux qu’il est sensé rejoindre…

Le reste :

Évidement, toute source de bonne odeur est exploitée sans honte pour développer un environnement favorable au divin : nourritures et vins des banquets (mais j’y reviendrai dans un prochain article), nature environnante, plantes, gerbes et couronnes de fleurs… on ne lésine pas sur les moyens (surtout quand on peut se le permettre).

Odeurs sacrées et modernité :

N’est-ce pas très inspirant, dans tous les sens du terme ? En tous cas, voici ce que m’évoque cette prépondérance de l’odorat dans les rites antiques, et que nous pouvons aisément adapter :

Bains odorants et onction préparatoires : les bains salés ou infusés à la sauge sont déjà réputés pour leurs vertus purificatrices. J’ajouterais que tout le travail d’onction peut-être réexploité dans la modernité de notre XXIe siècle pour préparer un rituel, surtout si tu as l’intention de travailler avec une divinité issue du panthéon grec (mais en vérité, si tu cherches un peu, tu verras que ça se trouve dans le monde entier, cette manie des bonnes odeurs !). Et au passage, je me joins à Hippocrate quand il dit qu' »Un massage aux huiles parfumées et un bain odorant sont le meilleur moyen d’être en bonne santé » !

Huiles pour les bougies : oindre une bougie fait aussi partie des us et coutumes qui ont perduré jusqu’aujourd’hui. La magie des huiles de façon générale est assez populaire et facile à mettre en œuvre. En cas de doute, pour une entité grecque, l’huile d’olive est ton amie (on la retrouve absolument dans l’intégralité des rituels évoqués par l’exposition, je ne te fais pas un dessin du pourquoi du comment).

Huiles essentielles : personnellement, pour la maison, je préfère utiliser des huiles essentielles que des résines et autres trucs qui fument à brûler. Évidement, la portée énergétique n’est pas la même. Toutefois, cette expo montre combien la dynamique agréable de l’odeur était au moins aussi importante que sa portée vibratoire, et certaines essences se retrouvent aussi bien en HE qu’en résine. Personnellement, je trouve l’odeur du charbon désagréable et toute la fumée qu’il dégage fait de la fumigation une pratique inadaptée à ma vie en appartement (au risque de déclencher mon détecteur à incendie à tout instant) avec un chat et bientôt un bébé… Mais j’insiste sur le fait que les effets énergétiques d’une huile essentielle et les vibrations d’une plante entière (ou d’une écorce, etc…) ne sont pas tout à fait les mêmes donc les résultats non plus. Tout à son intérêt, juste pas le même impact. Au passage, je préfère continuer a utiliser les résines, encens et charbons en extérieur.

La méditation olfactive : dans la même lignée, celle des huiles essentielles, la méditation olfactive est un excellent moyen de se connecter aux odeurs et au divin à travers elles. Il suffit d’un mouchoir ou d’un intérieur de poignet (selon l’HE choisie, les tolérances et les précautions d’usage) et d’un peu de tranquillité.

Pour conclure :

Pour finir, cette exposition rappelle un fait essentiel : les rites antiques sont une expérience sensible car il s’agit de favoriser l’état modifié de conscience, ou du moins une expérience qui marquera les souvenirs de celui qui y participe à tous niveaux (visuel, auditif, kinesthésique : les grecs avaient déjà compris les principes de base de la PNL). L’odeur sacrée est un art subtil qui fait partie du processus, au delà même de la dimension énergétique, et qu’il est facile de réintégrer dans nos pratiques modernes moyennant quelques adaptations. Nous ne vivons pas sous les mêmes latitudes, nous n’avons pas les mêmes contraintes sociales, mais nous avons accès à une multitude de fragrances sous différentes formes, à réadapter et à réexplorer. Autant dire un large champs de dévotion à redécouvrir !