Bonjour !

A force, tu finis par le savoir, très cher lecteur : une célébration saisonnière ne saurait être complète sans une habitude alimentaire particulière ! Aujourd’hui je te parle de Mardi Gras et du Carnaval qui l’accompagne : déguisement, festivités et festoiements bien chargés en cholesterol, tels sont les maîtres mots de cette célébration que l’on connait dans le calendrier chrétien mais qui là encore s’inspire des traditions plus anciennes.

Contexte chrétien :

Ce Mardi Gras constitue le dernier jour d’une « semaine grasse » pour la tradition chrétienne. Une semaine où l’on a mangé à foison et où l’on a festoyé en défilant, chantant, se déguisant, se promenant… et qui marque à partir du lendemain, le Mercredi des Cendres, une période d’ascèse. Jeûne et discipline spirituelle et comportementale seront au rendez-vous. Ici, Mardi Gras sert à deux choses : la première, se défouler bien comme il faut avant la période d’austérité (qui rappelle les 40 jours que Jésus à passés dans le désert). La seconde, c’est tout simplement… A vider les placards ! Exit tout ce qui est « gras, sucré, salé » ! On mange tout une bonne fois pour toutes, et après, on peut s’occuper du jeûne du printemps.

La dynamique spirituelle connectée au christianisme est bien présente, mais moi je trouve que ca tombe à un moment fort à propos pour la detox printanière qui précède Paques, et plus globalement, l’équinoxe…

Une célébration de purification :

C’est que ça ne sort pas de nulle part, cette célébration, comme tu t’en doutes. Mardi Gras est une fête mobile car elle se cale sur Paques, mais le plus important, c’est que c’est une célébration de la fin de l’hiver et de préparation au printemps. On se seccoue les puces pour finir de se purifier de l’année et de la période sombre avant de laisser la place au renouveau, dans la lignée d’Imbolc !

– Vider les placards et prévoir une période d’ascèse :

Carnaval nous dit « carne levare » : on enlève la viande. Et avec elle, on enlève le lait, le gras, les oeufs, le beurre, le sucre… 40 jours d’alimentation tout en légèreté pour se nettoyer de l’intérieur ! Bon évidement, spirituellement ca a du sens. C’est aussi le moment de travailler à arrêter telle ou telle addiction (genre aux réseaux sociaux ou à la cigarette !) et de nettoyer ses pensées, de se laver « de ses péchés » (tu peux parler de « comportement non cohérent avec ta propre éthique » si la notion de péché ne t’évoque rien)… une période de gros gueuleton avant de se recentrer un peu, en somme.

– Festoyer pour nettoyer :

Dans le monde antique, qu’il soit Grec ou Romain, c’est une période de purification cosmique dont il s’agit.

Le chaos primordial était invité à se manifester à nouveau. Les règles sociales étaient abolies, et avec elles, les règles morales et comportementales. Les orgies des lupercales et des dionysies, qui se déroulaient à cette période, ont déjà beacoup fait parler d’elles.

Mardi Gras et les célébrations antiques dont ce jour est issu, c’est le moment où tout l’ordonnancement du monde vole en éclat, non pas pour le seul plaisir du chaos, mais pour autoriser le monde à revenir à son état primitif avant de se réorganiser. C’est comme une grosse explosion avant le rangement annuel. Une petite réactualisation du Big Bang, entre le fromage et le dessert quoi.

La dimension psychologique n’est pas loin derrière : laisser à l’humain le droit de revenir à un état naturel et bestial pour « vider » cette nature au sens propre impolie et revenir à un état neuf pour l’année à venir, ça parait assez cathartique. Il semblerait enfin que les lupercales faisaient partie des célébrations de fin d’adolescence pour les jeunes hommes… ils pourchassaient alors les femmes qui voulaient enfanter dans l’année pour les fouetter avec des lanières du cuir du bouc sacrifié. Des jeunes gens pleins de vie et d’énergie sexuelles qui « donnent un coup de fouet » à l’énergie de fertilité des dames (et de l’année), en mode satyre, avant de rentrer dans le rang de la citoyenneté, oui, ça fait sens !

– Brûler l’ancienne année

Brûler Monsieur Carnaval (une poupée d’osier ou de chiffon… de nos jours !), sacrifier un bouc… quelque chose de l’ancienne année doit disparaitre pour laisser de la place au renouveau. C’est que les festivités du nouvel an se préparent. Dans de nombreuses civilisations antiques, le nouvel an c’est à l’équinoxe de printemps… tu sais, dans 40 jours, vers Paques ! (tout se recoupe ! )

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Pourquoi est-ce que l’on mange, boit et se dévoie à la période de Mardi Gras ? Parce que nous avons besoin de revenir régulièrement à nos instincts primitifs aussi bien pour de raisons psychologiques que sociales ou cosmiques.

Nous autoriser à retrouver ces instincts et à leur laisser libre cours dans un espace-temps déterminé sert clairement, depuis les célébrations greco-romaines, à se reconnecter à l’énergie de vie primordiale qui nous anime et qui n’est pas vraiment politiquement correcte (qui se fout comme d’une guigne du politiquement correct, pour être précise). En la laissant s’exprimer dans un cadre précis, elle n’a pas besoin de s’exprimer de façon anarchique à des moments moins opportuns (dimension cathartique, toi-même tu sais). L’individu et la société se purgent, permettant au monde de continuer à tourner « dans le bon sens ». Parce que bien sûr, le microcosme et le macrocosme se répondent. Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, etc…

Après ces quelques jours (ou ce jour J), on peut rentrer dans le rang et revenir à un monde bien propre et bien ordonné et surtout, renouvelé.

Crédits : 
Article : Camille Serres
Image : Photo by Pietro Tebaldi on Unsplash