Bonjour,

 

Récemment, un fait d’actualité a illustré les problématiques de la liberté individuelle et personnelle de spiritualité.
Un ancien candidat à l’élection présidentielle a déclaré que la nouvelle ministre de la culture (Françoise Nyssen – éditrice d’Actes Sud, ayant à son actif la publication de plusieurs prix Nobel de littérature, éminemment respectée dans le milieu) faisait plus ou moins partie d’une secte.
Késacko ? Madame la ministre aurait des préférences pour le mouvement de l’anthroposophie, parce qu’elle a créé une école avec des similitudes du mouvement. En réalité, probablement aucun rapport, mais c’est pas là le problème.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’anthroposophie, le mouvement est né avec Rudolf Steiner, plaçant l’intuition de l’homme à un niveau supérieur, voulant retravailler le contact avec la nature, et ayant quelques croisements avec la théosophie. La permaculture et les produits Weleda en sont l’héritage du mouvement spirituel.
Wikipédia qualifie le mouvement « d’occulte », ce qui personnellement me fait plutôt ricaner, étant donné qu’occulte est censé être caché et l’anthroposophie ne s’est jamais cachée de sa volonté d’amener l’homme à un meilleur contact avec la Nature.
Mais bon, nous le savons, tout reste question de définition. Ce n’est pas là l’important.
L’important c’est de reprocher à une personne d’avoir une spiritualité personnelle.

Article 18 de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme (article 9 de la Convention européenne des droits de l’Homme, que la France respecte) : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. »

La spiritualité est individuelle, personnelle. Je l’écarte volontairement de la religion, qui a eu une fonction de socialisation et politique durant des millénaires. Dans nos sociétés, nous sommes aujourd’hui, en Europe, aux USA, libre de croire, libre de penser, libre de foi.
Dans une certaine limite « La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »

 

Cette petite parole, d’un candidat qui a voulu incarner l’un des pouvoirs régaliens, peut paraître anecdotique, mais elle est surtout révélatrice d’un problème plus profond : un manque de compréhension abyssal des différentes spiritualités coexistantes au sein de la République Française. Et un manque de respect infini envers la liberté individuelle de spiritualité. On peut ne pas connaître une religion, une mouvance spirituelle. Pour autant, cela n’implique pas de devoir être irrespectueux envers son croyant.

En opposant ainsi spiritualité à secte,  en désignant une personnalité publique, qui représente les institutions de notre pays, et qui représente une spiritualité minoritaire par rapport aux religions monothéistes, c’est montrer du doigt tous ceux qui ne croient pas « correctement » selon les dires de ce genre de personnage. C’est désigner toute la communauté spirituelle, des thérapies alternatives, du bien-être, de l’ésotérisme, de la magie, qui est respectueuse des lois et des règles, et ayant comme seule volonté de pouvoir croire individuellement, dans le respect des spiritualités d’autrui.

Une faute grave, par-delà le respect, car elle stigmatise les artistes, les innovateurs, tous ceux qui ne pensent pas dans la norme, et qui sont pourtant essentiels à un pays. Ceux que l’on vient voir quand la crise frappe, pour trouver des idées novatrices. Ceux dont on vient admirer l’art pour nourrir nos âmes.

Quand ces mouvances spirituelles ont commencé à appeler à un meilleur respect de la Terre. A privilégier le bio, à vouloir construire une agriculture moins chimique, plus en équilibre avec les forces du végétale. Ils ont été raillés, il y a plus de 50 ans. Aujourd’hui, ils sont simplement avant-gardistes.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de ratés dans les mouvances spirituelles. Victor Hugo et le mouvement spirite avec leur volonté de joindre science et ésotérisme a été un échec monumental qui a séparé pour longtemps ces deux approches. Ou le retour à certains néo-paganismes s’est parfois accompagné de positions politiques extrêmes aux conséquences graves.
Mais c’est ce creuset de pensées que la spiritualité incarne, qui apporte des forces vives à l’esprit de notre société.
Lui interdire, c’est s’interdire de croire au renouvellement de notre avenir.

 

Magiquement vôtre, Isabelle