Bonjour AllianceMagicienne & AllianceMagicien

 

Sommes-nous à l’ère des Sorcières, de la Magie et du mystère ?

 

La question peut sembler incongrue, tant culturellement pour beaucoup de personnes la sorcellerie est traditionnellement associée à la période du Moyen-Âge ou encore pour d’autres à des pratiques antiques païennes. Mais pourtant, la question se pose réellement.

Il n’y a pas vingt ans de cela, internet n’était pas encore démocratisé. Pratiquer ésotériquement parlant, partager sur le sujet, trouver des livres « potables », accessibles relevait littéralement de la gageure. C’est un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas comprendre aujourd’hui, cette génération « digitale native » et « social native » née avec le son du modem qui se connecte, ou de la notification facebook sur le portable de papa-maman.
C’est aussi une différence générationnelle entre certains qui ont galéré pour aboutir dans leur pratique à un équilibre, sans connaissance accessible, et ceux qui attendent le bec grand ouvert que cela tombe tout cuit, parce que google est leur ami.
Je caricature évidemment, tout n’est pas si manichéen.

 

sorcière

 

Mais reprenons un peu les faits :

Il y a vingt ans, la science des mystères occultes était planquée sous le tapis en France. Je ne parle pas des pays anglo-saxons dont la conception de la religion est socialement différente de la nôtre, autant sur un plan légal que culturel.
Rencontrer deux-trois personnes qui s’y connaissaient vraiment sur le sujet tenait de l’exploit que l’on planquait allègrement sous le tapis : il ne fallait pas que cela se sache.
Aujourd’hui, la figure de la Sorcière est devenue une tendance : elle incarne la force féministe d’une femme accomplie, libérée, puissante, en accord avec la Nature et sa vie. Qui a pratiqué introspection et réenchantement d’elle-même. Qui n’hésite pas à sauver les poissons rouges de la mare d’à côté, tout comme de produire ses propres cosmétiques naturels, vu comme des enchantements spagyriques, prolongement opératif de sa spiritualité.
Le Sorcier est lui-même féministe (c’est-à-dire respectueux d’une acceptation de la force féminine égale à la force masculine), il se laisse pousser la barbe pour éviter d’utiliser trop de plastique pour ses rasoirs, il n’hésite pas à mettre des chemises en coton bio, il sauve les chatons perdus de son quartier et les voit comme des forces magiques qui karmiquement et énergétiquement lui apporteront dans son quotidien. Non, il ne les sacrifie pas en cachette sur un autel dans sa cave, en général, il achète plutôt à son chat les croquettes bio 100% viande de souris sauvage, alors qu’il est lui-même végétarien, voire vegan.

 

Incarner le mystère (au sens de recherche de la compréhension des forces de la Nature et de l’Univers, au-delà de la science et par delà le voile du non-sens, comme l’entendaient les occultistes des siècles précédents) devient la marque d’une indépendance sociale : je suis libre des normes, parce que je sais. Je sais que le monde ne se limite pas aux frontières d’un réel miteux et toujours plus troublé. Je sais qu’il existe des licornes, pardon, des forces naturelles qui me soutiennent et que je « maîtrise » pour réenchanter mon monde.
La Magie ? Elle est devenue pour beaucoup le symbole d’une volonté de voir par-delà la science dans une tendance de défiance, voire de complotisme à l’égard de celle-ci. Quand celle-ci n’apporte plus solutions ni réponses dans un monde en crise, la Magie incarne le symbole d’un dépassement de la norme, d’une volonté de retourner aux « racines » (mythifiées) de l’Humain (libre de tout contrat social, cf Rousseau). Là où la société faillit, c’est l’Univers et ses forces, au travers de la spiritualité et de la magie, qui vont incarner les sources de renouveau, les possibilités d’identification, d’accomplissement, parce que la société échoit à nous accorder la possibilité de nous épanouir-accomplir en temps de crise.

 

Plus qu’une mouvance, plus qu’une sous-spiritualité perdue dans le noyau monothéiste, la Sorcière & la Magie sont devenues des incarnations symboliques du dépassement du mystère, d’une volonté de réenchantement et d’appropriation des forces intérieures et universelles pour améliorer une vie personnelle.
Être Sorcière (ou Sorcier) n’est plus aujourd’hui une quête ultime pour qu’au level 50 vous atterrissiez au bûcher. C’est devenu une quête d’indépendance, d’affirmation de soi. Un être accompli, libre, en harmonie avec la Nature dont on se veut le gardien, ou du moins l’humble participant.

 

Comment en vingt années en est-on arrivé là ? Internet, la démocratisation du savoir que cette révolution a engendrée, une crise économique, politique, religieuse, sociale, culturelle ont été les marqueurs de cette rupture.

 

 

Pour conclure, quelques mots de Malraux :

« Le problème capital de la fin du siècle [20ème] sera le problème religieux, sous une forme aussi différente de celles que nous connaissons que le christianisme le fut des religions antiques »

Preuves n° 49 (mai 1955).

 « Je pense que la tâche du prochain siècle [21ème], en face de la plus terrible menace qu’ait connue l’humanité, va être d’y réintégrer les dieux »

L’homme et le fantôme, André Malraux, Cahier de l’Herne, p. 436.

 

 

Magiquement vôtre, Isabelle

 

 

Image : Pixabay 
Citations : Le Monde-Dico Citations