Cet article est initialement paru dans le magazine Alliance Magique de 2017.

Par Severin Lobanov

 

Quel pourrait bien être le prochain devenir de la très ancienne Haute-Science, l’Alchimie, parvenue contre toute attente jusqu’à nous en ce XXIème siècle ?  Un avenir surprenant, inattendu peut-être, comme l’a été finalement le destin de l’Alchimie au tout proche XXème siècle…

Tournons-nous d’abord vers le passé immédiat, ou plus lointain si nécessaire, avant que de risquer quelque pronostic pour l’avenir, c’est plus sage !

En tant que science officielle, l’alchimie est incontestablement morte avec l’acte de naissance de la chimie moderne que constitue la fameuse expérience fondatrice de Lavoisier en 1778 permettant de comprendre que l’air est un mélange de gaz, ce qui sonna le glas pour la théorie alors très en vogue du phlogistique.

Dans le même temps ressurgit secrètement et se régénère l’Alchimie véritable qui reprend sa juste place au sein de l’aréopage des sciences sacrées et initiatiques. Tel le bien connu Phénix qui renaît régulièrement de ses propres cendres. Bien sûr, comme souvent, les contemporains de Lavoisier n’ont pas eu le sentiment de changer d’ère en prenant connaissance de cette expérience fondatrice, qui d’ailleurs ne faisait que mettre un terme à toute une évolution débutée depuis des décennies. Ainsi, un siècle plus tôt, en 1675, Nicolas Lemery débarrassa définitivement l’ancienne chimie, très orientée vers la pharmacopée, de ses ultimes traces spirituelles en lien avec l’Oratoire ; par exemple, le fait de ne travailler chimiquement sur un métal qu’au jour, voire à l’heure, de correspondance planétaire et symbolique avec celui-ci.

Au XIXème siècle, l’Alchimie disparaît donc quasiment totalement du monde éditorial, après avoir été éliminée des Académies et autres instances scientifiques officielles. Pourtant, de manière ponctuelle, la pratique se poursuit discrètement, souterrainement, avec persévérance, en parfait accord avec la nouvelle sensibilité romantique qui promeut l’individualisme, le retour vers les grandes forces de la Nature, la révolte envers toute forme de fatalité…

 

alchimie-XXIème-siecle-severin-lobanov-severin lobanov-athanor-rebis-laboratoire-alchimique-alliance magique-hermésia

 

Le roman de Balzac, La Quête de l’Absolu, mettant en scène l’Alchimiste Balthazar Claës, fournit un écho de cette persistance discrète de l’Alchimie à cette époque, tout comme la parution en 1832 de l’Hermès Dévoilé de Cyliani, sans oublier les allusions conscientes ou inconscientes à la Haute-Science chez les poètes comme chez Gérard de Nerval notamment.

Parallèlement quelques hommes de science qui doutent encore du bien-fondé de la nouvelle et toute puissante théorie atomique jugent prudent de se pencher sur les anciens procédés de Laboratoire de l’Alchimie, mais avec la rigueur récente de l’homme de science et surtout l’absence de toute perspective spirituelle et initiatique : on les nommera « hyperchimistes »…

Au tournant du XXème siècle, l’Alchimie semble définitivement condamnée à disparaître très prochainement… Survient alors providentiellement l’Affaire Fulcanelli qui sauve l’Alchimie in extremis de l’oubli pur et simple et attire tout un nouveau public vers cette approche bien particulière du Mystère.

Plus tard, dans les années soixante, avec le renouveau de l’intérêt pour l’ésotérisme qui accompagne le véritable phénomène de société lié à la publication de la fameuse revue Planète, l’audience pour l’Alchimie s’élargit encore.

à bien des égards cet élan salvateur impulsé par Fulcanelli et surtout son porte-parole Eugène Canseliet, continue d’opérer en ce nouveau siècle qui est le nôtre, ce qui est très bien, certes, mais parallèlement une véritable hégémonie est aussi apparue peu à peu, voire de véritables dogmes en la matière, tendant à réduire la pratique à une seule voie alchimique autorisée, la fameuse voie sèche,  ce qui n’est pas sans poser des problèmes pour l’avenir puisque qu’un jour le charme cessera d’opérer, faute de charmeurs…

En effet ladite voie canonique n’existe que par transmission orale et elle opère sur le mode du tout ou rien : et si Canseliet lui-même a échoué dans cette voie, qui peut être assez téméraire pour penser faire mieux que son promoteur, en l’occurrence le Maître de Savignies lui-même ?

D’où l’intérêt certain aujourd’hui de se pencher aussi vers d’autres voies, plus accessibles et tout aussi authentiques. A commencer sans doute par la spagyrie végétale qui peut marier idéalement Oratoire et Laboratoire ; mais aussi, pour le Grand-Oeuvre, d’autres voies, tout aussi authentiques dans leur vénérable antiquité, comme la Grande Voie Humide, ou encore les voies mercurialistes si puissantes dans leurs effets psychiques, ce qui explique leur primauté absolue dans un pays mystique comme l’Inde qui en fait même l’énergie subtile animant les énigmatiques vimanas, ces « vaisseaux » interdimensionnels qui sont à cette tradition orientale ce que la Merkavah, l’Oeuvre du Char, est à la tradition kabbalistique…

Ainsi, qui peut sincèrement croire encore, au XXIème siècle précisément, siècle de l’information et de sa mondialisation, en l’exclusive d’une seule voie alchimique, d’une seule église ou chapelle ?

L’Alchimie est véritablement universelle, et très différente dans ses multiples manifestations, passionnante du fait même de cette riche diversité !

L’avenir de l’Alchimie au XXIème siècle ?

Ouverture des horizons et diversité des pratiques avant tout, liberté des recherches, avec comme nécessaire point de repère les fondamentaux spirituels de la Haute-Science qui la définissent comme Art sacerdotal : à égalité donc et en harmonie, en parfaite complémentarité avec l’art des Mages et la Théurgie ; car c’est bien l’Esprit qui féconde la Matière, un Esprit qu’il convient d’abord de convoquer pour ces Noces Chymiques…

 

Pour en savoir plus sur l’Alchimie et découvrir les ouvrages de Séverin Lobanov : https://www.alliance-magique.com/51-alchimie-spagyrie